L’animation caractéristique majeure du Festival de Cannes 2026
L’importance accordée aux films d’animation a été sans conteste l’une des caractéristiques majeures du 79e festival de Cannes. À l’exception notable de la compétition officielle, toutes les sections ont mis en avant au moins un long métrage animé et force est de constater que, parmi les dix films diffusés, les réussites ont été légion, de Carmen, l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach (Quinzaine des réalisateurs) à In Waves de Phuong Mai Nguyen (Semaine de la critique), en passant Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue (ACID) ou l’ébouriffant Jim Queen de Nicolas Athané et Marco Nguyen (Séance de minuit)… pour ne rien dire de la gaguesque mise en abyme de Vertige de Quentin Dupieux (Quinzaine des cinéastes). Que la plupart de ces titres aient été au moins coproduits par une société française (c’est même le cas de We are Aliens, du japonais Kohei Kadowaki, aussi à la Quinzaine) en dit long sur la vitalité artistique actuelle de la création animée dans la patrie de Michel Ocelot et Jean-François Laguionie. Seul le très beau Tangles de Leah Nelson (Séance spéciale) était strictement américain. Même si la plupart des observateurs font remarquer que ce succès artistique occulte la perspective d’un effondrement du secteur (l’écosystème de production paraît aujourd’hui menacé, tant par le spectre de l’I.A. que par les dangers qui pèsent sur l’audiovisuel public français, financeur traditionnel de l’animation française), c’est un splendide chant du cygne qui a résonné à Cannes.
L’Ouragan et Le Corset
Parmi les titres animés les plus emblématiques de la Croisette le plus attachant a sans doute été Le Corset, montré, acclamé et récompensé (Prix du Jury) dans la section Un certain regard. Louis Clichy, son réalisateur, diplômé de la prestigieuse école parisienne des Gobelins, n’en est pas à son coup d’essai. Il a été animateur chez Pixar (sur Wall-E et Là-haut) avant de coréaliser, avec Alexandre Astier, les deux longs métrages d’Astérix en image de synthèse (Le Domaine des dieux et Le Secret de la potion magique, en 2014 et 2018). Le Corset marque en ce sens un projet beaucoup plus personnel et un retour aux options graphiques initiales d’un cinéaste dont la première œuvre repérée était en 2003 une vidéo musicale de la chanson d’Edith Piaf et Théo Sarapo À quoi ça sert l’amour (What is love for), dont le dessin noir sur fond blanc accordait une importance essentielle à la trace et à l’esquisse. Le lien est artistiquement et thématiquement évident entre ce premier clip, qui renvoie à la fraîcheur des amours adolescentes et le long métrage montré à Cannes. Frappe ainsi d’emblée dans Le Corset, outre le style d’animation dessinée qui repose essentiellement sur la bidimensionnalité et le rendu de l’aquarelle, la teneur intime d’un projet dont la source scénaristique est de toute évidence autobiographique.
Le film, dont l’intrigue se situe dans la France des années 80, chronique la vie de Christophe, un garçon de onze ans élevé dans une famille d’agriculteurs de la Beauce. Le scénario a tout du récit d’éducation conventionnel : un jeune héros, entre enfance et adolescence, à l’heure des premières oppositions familiales, va découvrir l’amour et s’initier à la musique. L’essentiel, pourtant n’est pas là : Le Corset conte d’abord l’histoire d’une jeunesse entravée par le carcan d’un appareillage orthopédique sur fond de ruralité en pleine mutation. Alors que la faiblesse de sa colonne vertébrale menace le corps de Christophe d’effondrement, c’est aussi la mutation d’un monde agricole en crise, dont les modèles économiques traditionnels sont condamnés à disparaître, que le film décrit. De cette superposition subtile des deux niveaux de récit naît la belle idée graphique de Louis Clichy qui, amoureux de son territoire d’enfance, joue avec maestria de l’opposition entre la planitude beauceronne et la verticalité de la cathédrale de Chartres – dont les orgues joueront un rôle essentiel pour l’initiation musicale du protagoniste.
Au-delà de la valorisation du paysage, magnifié – sans être idéalisé – par la conjonction du tracé à l’encre de Chine et de la transparence teintée de l’aquarelle, le handicap devient l’occasion de découvrir le monde selon un autre point de vue et même, lorsque le personnage quitte son corset, de basculer dans une autre dimension. Au moment où l’univers vacille et semble se soumettre à son propre regard, fantasmant ainsi l’échappée du quotidien, Christophe se mue symboliquement en super-héros d’une réalité parallèle (ce que suggère d’ailleurs le titre international Iron Boy) et fait ponctuellement basculer le film dans le fantastique.
On songe alors à la réussite d’un autre film français, le très beau Phantom Boy (de Jean-Louis Felicioli et Alain Gagnol, en 2015), où un jeune garçon hospitalisé à New York se découvrait des pouvoirs extraordinaires : l’animation, déjà, parvenait à transformer la chronique quotidienne en réalisme magique. Le plus émouvant reste malgré tout dans Le Corset l’évocation de la relation du jeune garçon à sa famille et en particulier à son père. C’est en dehors des séquences fantasmées que le film parvient à restituer toute la subtilité d’une relation père-fils faite de silences, de malentendus et de marques d’affection maladroites.
Convoquant, en contrechamp à l’intemporalité du Requiem de Fauré, la variété française des années 80, Louis Clichy propose plusieurs écoutes inattendues et poignantes d’Ouragan, scie interprétée par Stéphanie de Monaco. Ce n’est pas là le moindre de ses exploits.
Thierry Méranger
Off-camera de Cracovie
Entre dérive et retour à soi : The Son and the Sea de Stroma Cairns au 19e Festival international du cinéma indépendant Mastercard Off-camera de Cracovie
Avec Le Fils et la mer, le Festival international du cinéma indépendant Mastercard OFF CAMERA de Cracovie, , qui vise à promouvoir les films en dehors des productions grand public, a offert un espace cinématographique propice à la découverte de soi. Responsabilité et confiance sont au cœur de ce film qui aborde le malaise contemporain de la société occidentale.
Lorsque Jonah (Jonah West) se réveille et se dit : « Aujourd’hui sera une bonne journée », rien n’est moins sûr. Il vit à Bermondlay, ancien quartier pauvre devenu chic de Londres, et ses souvenirs des dernières nuits se limitent à des beuveries et des soirées en discothèque. Jonah n’est pas le seul jeune homme à souffrir de stress relationnel, d’anxiété, d’agressivité latente et d’une envie constante de se moquer, ce qui n’épargne même pas son fidèle et unique ami, Lee (Stanley Brock). Derrière son comportement se cache une désorientation totale et un manque d’identité. Dans sa région, on parle même de « Bermondlay stutter » (Bégaiement de Bermondlay). Finalement, Jonah n’est qu’un parmi tant d’autres jeunes des pays occidentaux appartenant à une génération « sans avenir ».
Stroma Cairns s’inspire de l’expérience très personnelle de sa co-scénariste, Imogen West. Plusieurs membres de sa famille y jouent un rôle important, notamment Marie West, la défunte résidente solitaire d’une maison de retraite à qui le film est dédié.
Jonah se retrouve face à la pénible tâche de rendre visite à une tante atteinte de démence, dans l’extrême nord de l’Écosse. Il arrive dans un village côtier sans prétention, où règnent l’humidité et le froid, et où les habitants vivent au quotidien la fragilité de leur existence face aux éléments. Lee l’accompagne et, dès le premier jour, ils se lient d’amitié avec les frères sourds-muets Charlie (Connor Tompkins) et Luke (Lewis Tompkins), qui ne cessent de se disputer. Charlie, le plus énergique, tente en vain d’attirer l’attention des deux Londoniens sur les petits détails qui font la beauté de la nature.
Au début, ce sont les bleus profonds et gris de leur nouvel environnement qui traduisent leur malaise. La première visite de Jonah à sa tante se termine par un sentiment d’impuissance, car il est incapable d’établir un lien avec elle. Dans un bar, Jonah et Lee rencontrent un chanteur local qui interprète une fable écossaise racontant la rencontre du diable et d’un enfant naïf. The Son and the Sea fait entendre huit autres chansons, toutes transcendant le réalisme pur pour atteindre une dimension poétique, voire parfois métaphysique.
Le choix esthétique de nombreux plans rapides évoque l’état mental fragmenté et désorienté des protagonistes. Jonah et Lee se retrouvent constamment enlisés dans des disputes stériles, s’accusant mutuellement de vide intérieur, d’échec et d’incapacité à nouer des amitiés, et encore moins des relations amoureuses. La comparaison explicite avec des dominos, faiblement liés et tombant les uns après les autres, crée une image saisissante.
Seule la confrontation avec un accident potentiellement mortel provoque un changement. Face à une personne blessée, Jonah, Lee et Charlie doivent décider s’ils portent immédiatement secours, au risque de poursuites judiciaires dans le système médical actuel, ou s’ils attendent l’arrivée des secours des heures plus tard, probablement trop tard. À l’hôpital, la caméra, à nouveau, erre sans but précis à travers les événements, démontrant une fois de plus avec force la tension entre la représentation et l’état mental des personnages. Jonah, Lee et Charlie se réunissent pour prier. Jonah remercie pour l’opportunité de se voir confier une véritable mission, il remercie pour la confiance accordée et, pour la première fois, il demande pardon à Lee.
De retour auprès de sa tante, il trouve en elle des paroles sincères et profondément émouvantes qui lui permettent de sortir de sa torpeur. Hors champ, sa voix exprime son désir de se libérer des ténèbres et des expériences négatives du passé, laissant ainsi refaire surface ses sentiments, ses faiblesses et ses désirs refoulés. Plus tard, Lee écrit « nous étions là » dans le sable. The Son and the Sea s’achève sur la première et unique scène d’une joie de vivre débridée.
Sans dramaturgie artificielle ni sentimentalité, et en observant avec nuance la dynamique intérieure des protagonistes, Stroma Cairns parvient à prendre position sur l’une des questions clés de la culture occidentale contemporaine. Elle décrypte les processus d’autodestruction comme une réaction à une existence perçue comme dénuée de sens. Seule l’expérience de la confiance et la capacité d’assumer ses responsabilités permettent d’échapper à cette prison mentale.
Dieter Wieczorek
Le 45° Festival du Film d’Istanbul

La 45e édition du Festival de cinéma d’Istanbul (09-19 avril 2026), présentait une sélection très internationale dans la compétition officielle « Golden Tulip ». Quinze films venus de France, Allemagne, Chine, Pakistan, Grèce, Liban, Lituanie, Royaume-Uni, Kenya, etc.
Le cinéma turc était néanmoins solidement représenté, avec pas moins de cinq films en compétition que nous allons évoquer ici. Malgré la diversité des thèmes (d’un village englouti par un barrage à la destruction d’une amitié, des fantômes hantant les rêves d’une génération perdue et de la quête du passé à la domination des réseaux sociaux), malgré la diversité des styles, ces films turcs portent tous un regard incisif, amer et sans illusions sur leur société. Ce cinéma, qui a attiré un très grand public turc, confirme sa vitalité et mérite assurément une plus large diffusion sur les écrans internationaux.
On the Dry Rock (2026) — De Yeşim Ustaoğlu
Le film le plus saisissant de la sélection est Sur la roche sèche (2026), un documentaire de Yeşim Ustaoğlu situé dans le nord-est de la Turquie, là où un barrage a englouti toute une vallée — ses maisons de pierre, ses sources, ses champs — pour déposer ses habitants dans un monde de blocs de béton identiques. Du jour au lendemain, des paysans sont devenus des consommateurs. Le film se déplace parmi ces résidents avec patience et soin, recueillant des témoignages qui portent tout le poids de la dépossession : un homme qui se réveille la nuit et dit, simplement, « ce n’est pas ma maison » ; une femme qui marche chaque jour jusqu’au bord de l’eau pour regarder le village submergé et pleurer. Ustaoğlu prend leur parti sans les sentimentaliser — le rythme lent de la caméra ne dramatise pas leur douleur, il s’y installe, suffisamment longtemps pour que quelque chose de local et de particulier s’ouvre sur quelque chose de plus grand. Ce que le film saisit avec le plus de précision, ce n’est pas la perte elle-même, mais ce qui lui succède : la mort particulière d’un lieu reconstruit sans mémoire, où les bouteilles en plastique ont remplacé l’eau de source, et où personne ne sait plus vraiment quoi faire de ses mains.
Dead Dogs Don’t Bite (2026)- De Nuri Ceyhan Özdoğan
Ce film aborde, dans un style classique, un problème contemporain : le trafic de déchets importés illégalement, qui pollue la terre et l’âme humaine. Ces déchets non recyclables, rebaptisés « matières premières », sont vendus par des gangs rivaux qui écrasent quiconque se dresse sur leur chemin. Le film offre une analyse incisive et précise de l’impact de la vie contemporaine sur la relation entre deux jeunes amis (Kemal Burak Alpir, Prix du Meilleur Acteur), qui travaillent dans ce milieu immonde, espérant gravir les échelons sociaux.
Mêlant personnages du milieu interlope, où les êtres humains sont traités comme des déchets, et la guerre des gangs, thèmes maintes fois explorés au cinéma, le film utilise habilement ces éléments pour révéler à quel point un système corrompu peut infiltrer même les relations humaines les plus solides. Il démontre ainsi que les effets des déchets non recyclables sur la nature finiront par tout contaminer : les individus comme les lieux. Le film tend à utiliser un langage visuel qui met parfois en évidence le contraste entre la beauté naturelle du cadre côtier et la défiguration qu’il subit de la main de l’homme.
Those Who Whistle After Dark (2025), de Pınar Yorgancioğlu
Ce film explore les fantômes des rêves abandonnés, des occasions manquées et du vide qui imprègne la vie contemporaine. Une jeune écrivaine sans emploi (Inci Seva Cengöz, Prix de la meilleure actrice) espère, dans l’isolement de sa chambre et des jeux vidéo, échapper à un avenir incertain et au poids que font peser sur elle les rêves de sa mère, infirmière, et d’un père qui peine à entrer dans un nouvel âge de sa vie, après avoir pris sa retraite d’un musée d’histoire naturelle. Dans un style qui se veut anticonformiste, le film tente d’introduire un élément surnaturel comme une métaphore dramatique — des fantômes hantant la vie des individus et leurs aspirations. Cependant, malgré des personnages attachants et des interprétations convaincantes, la réalisatrice s’appuie trop sur les dialogues qui ne laissent nulle place au silence, qui peut parfois se révéler un outil expressif plus puissant.
Just Like Life (2025), d’Ali Vatan Sefer
Le film se concentre sur une famille fracturée par la maladie en phase terminale d’un fils – et par les manières radicalement différentes dont chaque parent y réagit. La mère exprime publiquement son deuil, construisant une personnalité d’influence autour de la maladie jusqu’à ce que la douleur privée et le contenu organisé deviennent indiscernables. Le père fait l’inverse : il transforme son bus scolaire en déménageur, invente un prétexte autour d’une plante sauvage qui peut être utile à son fils, pour l’entraîner dans le paysage pour un dernier moment ensemble sans médiation. Ce contraste constitue l’aspect le plus saisissant du film. Le scénario, cependant, ne lui fait pas toujours honneur : l’intrigue secondaire de la mère s’étend, les scènes de quartier diluent la tension et le pivot vers le « road movie » arrive tard. Pourtant, cette dernière section a plus de poids émotionnel que tout ce qui la précède.
Hear The Yellow (2026) de Banu Sıvacı
Dans ce film, Sona – une chanteuse qui porte l’éclat d’un succès apparent – retourne dans le village qu’elle a quittéautrefois, pour se retrouver étrangère dans l’endroit où était autrefois sa maison. La réalisatrice réussit à dépeindre sa famille avec toutes ses contradictions et ses secrets, que chacun conspire tacitement à enterrer, et l’actrice principale incarne de manière convaincante ce retour alourdi par la distance intérieure. Pourtant le film bute sur des scènes récurrentes – comme la recherche d’un chat perdu – qui restent suspendues entre métaphore et remplissage, leur sens n’étant jamais résolu. Plus important encore, le personnage de Sona reste enveloppé dans une ambiguïté difficile à cerner : est-ce un choix esthétique délibéré, ou un manque de profondeur dans l’écriture ?
Nada Azhari Gillon
L’UJC signe la tribune pour la protection des droits d’auteur face à l’IA générative
Une tribune collective soutenant l’inscription de la proposition de loi en faveur de la présomption d’utilisation des contenus culturels à l’Assemblée nationale est en cours de signature. L’Union des Journalistes de Cinéma invite l’a signée et invite ses membres à le faire et à se joindre aux 20.000 personnes qui l’ont déjà fait: vous pouvez signer cette tribune en cliquant sur ce lien.
Texte de la tribune:
Mesdames et Messieurs les Députés, notre avenir face à l’IA générative est entre vos mains !
Ecrivains, artistes, journalistes, scénaristes, graphistes, réalisateurs, compositeurs, traducteurs, photographes, éditeurs de livres, éditeurs de presse, producteurs, distributeurs… : nous consacrons des semaines, des mois, des années à créer, écrire un texte, composer une mélodie, enregistrer un album, réaliser un film, dessiner une œuvre, fixer une émotion, mener une enquête, faire vivre l’ensemble de ces œuvres protégées, notre travail, auprès d’un large public.
Et puis, quelque part dans le flux invisible des données, elles sont aspirées et digérées par des systèmes d’IA qui apprennent grâce à elles, apprennent d’elles et de nous, sans notre consentement, sans aucune compensation ni rémunération.
Tenus à l’écart, confrontés à une opacité doublée d’une mauvaise volonté certaine, nous sommes dans l’incapacité d’en apporter la preuve. Dans des milliards de données, comment démontrer qu’une œuvre précise est utilisée quand l’accès aux données d’entraînement est verrouillé et que toute transparence est refusée ?
Pour autant, notre conviction est renforcée par les aveux des géants de la tech et par les premières transactions financières aux ÉtatsUnis destinées à solder des procès en violation du droit de la propriété littéraire et artistique.
La présomption d’utilisation de nos œuvres par les IA n’est pas une lubie de juristes. Elle n’est pas non plus une construction abstraite ou technique. C’est une réponse concrète à une injustice.
Quand la preuve est devenue impossible, il est légitime d’en alléger la charge avec un principe simple : s’il existe des indices sérieux, il appartient aux fournisseurs de systèmes d’IA de démontrer qu’une œuvre n’a pas été utilisée. Pas plus, pas moins.
Le Sénat l’a compris. Il a voté à l’unanimité une proposition de loi établissant cette présomption d’utilisation. Droite, gauche, centre : au-delà des clivages, un constat s’est imposé. La création humaine mérite d’être protégée face à une IA qui ne peut se développer sans règle ni transparence.
Tout se joue aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Et l’intense lobbying des plateformes mondiales d’IA s’y déploie. Elles se trompent : le respect de la propriété intellectuelle n’est pas un frein à l’innovation, il est à l’inverse la condition de sa sécurité juridique et de sa légitimité.
Oui, nous sommes inquiets. L’adoption de ce texte ne tient qu’à un fil. S’il n’est pas inscrit rapidement à l’ordre du jour, son adoption sera retardée, voire impossible. S’il est, ne serait-ce qu’une seule fois, amendé, le vote final sera impossible.
Parce que la procédure parlementaire offre de nombreux moyens de faire dérailler un texte, nous appelons solennellement l’Assemblée nationale à agir sans délai.
Mesdames et Messieurs les Députés, vous allez décider si cette loi vit ou meurt. Vous allez décider si vous défendez la création humaine face à son instrumentalisation synthétique. Vous allez décider si la France, qui a inventé le droit d’auteur, reste fidèle à son histoire.Vous allez décider si elle choisit d’être la première nation à poser des règles justes à l’âge de l’IA.
Mesdames et Messieurs les députés, votre décision sera observée. Partout en France et au cœur de vos circonscriptions, celles et ceux qui créent, écrivent, informent, interprètent, composent, filment, éditent, produisent, publient vous font confiance. Le temps presse.
vous pouvez signer cette tribune en cliquant sur ce lien.
Retour sur le Festival international du film pour enfants BUFF de Malmö

Quel bonheur de partager une salle de cinéma avec des enfants de 5 à 16 ans ! Les voir réagir aux images à l’écran, entendre leurs éclats de rire, leurs acclamations, leurs applaudissements ou leurs sifflements lorsque leur personnage préféré triomphait, dupait un quidam autoritaire et malhonnête, se défendait contre une brute, ou recevait son premier baiser dans un moment romantique naissant, entre rêve et désillusion.
Chaque matin, jusqu’à 700 écoliers enthousiastes et débordants d’énergie, venus des quatre coins de Malmö, envahissaient l’auditorium. Au total, environ 12 000 spectateurs ont assisté au festival.
Alors qu’Instagram, TikTok, Facebook, Telegram et YouTube nous entraînent en territoire inconnu, découvrir ce qui captivait ce jeune public, ce qui le passionnait le plus, fut une véritable révélation. Lors des séances de questions-réponses suivant chaque projection, il était ainsi surprenant de voir de jeunes garçons agiter frénétiquement les bras. Ils étaient impatients de poser des questions aux réalisateurs et aux acteurs, alors même que nombre des thèmes abordés dans le film étaient centrés sur les femmes, s’attardant sur des problématiques qui préoccupent les adolescentes.
Pendant trois jours, les délégués du jury FIPRESCI, venus de Munich, Malmö et Paris, ont visionné huit métrages : Mira, de Marie Limkilde (Danemark) ; Nipster, de Sunniva Eir Tangvik (Suède) ; Mary Anning et Plitsch Platsch Forever, de Marcel Barelli (Suisse et Belgique) ; Splish Splash Forever (Plitsch Platsch Forever), de Natascha Beller (Suisse) ; Ma belle-mère est une sorcière, de Joëlle Desjardins Paquette (Canada) ; Les Filles du ciel, de Bérangère McNeese (Belgique et France) ; Runt, de John Sheedy (Australie) ; et Beef, de Ingride Santos (Espagne) – un terme anglais qui me semble inapproprié, le titre original, Ruido, voulant dire « Bruit ».
Le film qui m’a le plus marqué, par son réalisme saisissant, son aspect documentaire et sa mise en scène brute et sans fioritures, est Nipster. Caméra à l’épaule, il suit les personnages et dépeint des événements qui se déroulent aujourd’hui même, près de chez vous. Profitant des faiblesses d’adolescents innocents et vulnérables, un adulte manipulateur, aux visées politiques perverses, manœuvre et endoctrine lentement un groupe de vacanciers naïfs. Il les pousse à commettre des crimes haineux racistes et xénophobes contre une population immigrée récemment déplacée, qui a envahi la campagne et le lac paisibles qu’elle considère son territoire. Ces intrus sont perçus comme suspects et représentent une menace immédiate, car ils n’ont ni la peau blanche, ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus. Ils ne sont pas nordiques.
La solitude est la plus grande des peurs, et le mal trouve son terreau fertile dans ce contexte. Nipster est un cri d’alarme pour tous. Il nous met en garde contre les dangers qui nous guettent. L’ensemble des acteurs, dont c’était le premier film, a livré des performances magistrales dans des rôles violents et exigeants, incarnant leurs personnages avec conviction et assurance. Intitulée Nipster, terme argotique désignant un hipster nazi, cette oeuvre est remarquable, non seulement par son histoire, mais aussi par sa manière d’être racontée – de quoi rendre jaloux les fans d’Une bataille après l’autre !

Enfin, le film qui m’a véritablement bouleversée, et qui a d’ailleurs reçu le prix du jury FIPRESCI, est Ruido – en anglais Beef, donc. Une jeune fille d’origine malienne canalise sa colère et sa frustration en énergie, résilience et force pour affronter les cruelles et brutales batailles de rap freestyle qui animent les rues de Barcelone. Partagée entre les exigences culturelles de sa famille musulmane, Lati, l’héroïne, hésite entre le désir de respecter les aspirations de sa famille à la stabilité financière et à la reconnaissance professionnelle, et celui de trouver sa propre voie, à l’instar de son père, musicien récemment disparu. Surmontant ses peurs et ses hésitations, Lati parvient à triompher du sexisme et des insultes pour accéder à une notoriété internationale grâce à Internet, grâce à son audace et à ses textes incisifs et percutants, rythmés par le rap. Dans le tourbillon des événements, Lati conquiert le monde des hommes qui ont longtemps dominé ce domaine – un monde qui ne leur appartient plus.
Latifa Drame, actrice débutante et rappeuse dans la vraie vie, a été découverte par la réalisatrice Ingride Santos. Elle l’a suivie pendant un an dans les rues de Barcelone pour écrire le scénario retraçant son parcours, de la timidité à l’affirmation de soi : elle devient une combattante de rue de renommée internationale, une icône du rap, une femme forte et la grande gagnante de cette bataille – un spectacle qui a enthousiasmé le public.
Et voilà, quelle aventure formidable que ce festival !
Madelyn Grace Most.
Principales récompenses :
• Prix du film pour enfant de la ville de Malmö: Olivia and the Invisible Earthquake, d’Irene Iborra
• Prix de l’église de Suède : Olmo, de Fernando Eimbcke
• Prix du Jury de Jeunes : The Girls From Above, de Bérangère McNeese
• Prix du Court-métrage de la région Skåne: The Corkscrew, de Torfinn Iversen
• Prix Fipresci : Beef (Ruido) d’Ingride Santos
La Berlinale rattrapée par la politique !
Le festival de Berlin, la Berlinale, a une longue tradition d’engagement politique, tout comme d’ailleurs la ville elle-même, réputée l’une des plus libérales d’Allemagne. Durant la guerre froide, la Berlinale fut ainsi l’un des rares points de rencontre du cinéma de l’Europe occidentale et de celui du glacis soviétique. C’est aussi l’un des grands rendez-vous du cinéma engagé socialement, avec par exemple ses fameux Teddy Awards, qui récompensent chaque année depuis 1987 les films défendant ou célébrant l’homosexualité.
Or, Wim Wenders, Président du jury de la compétition officielle, déclara maladroitement lors d’une conférence de presse au tout début du festival que « le cinéma devrait rester en dehors de la politique ». Du coup, il déclencha involontairement une controverse qui s’est poursuivie tout au long de la manifestation. Une polémique politique composa en quelque sorte son festival parallèle. S’ensuivirent pétitions et tribunes libres signées par des dizaines d’artistes et professionnels du cinéma. Cela finit par gagner les médias étrangers, comme la tribune très circonstanciée, de Xavier Dolan dans Le Monde du 21 février, sans compter une reprise virale dans les réseaux sociaux un peu partout.
Un Ours d’Or très politique !

Comme en réponse à cette controverse, le jury décida de donner le prix le plus important du festival, l’Ours d’Or, à Gelbe Briefe (Lettres jaunes) du réalisateur germano-turc İlker Çatak. Il faisait ainsi coup double en quelque sorte, puisque, tout en récompensant la qualité certaine de ce film, le jury de Wenders montrait aussi qu’il savait mettre en avant une œuvre d’une forte portée politique. Le cinéaste y met en place un couple adulé d’artistes à Ankara, l’homme, auteur et écrivain, la femme, actrice star du théâtre de la ville. Mais, suite à des actes que l’on considérerait comme insignifiants ailleurs, ils sont soudainement considérés comme des opposants au gouvernement. De ce fait, comme beaucoup d’intellectuels turcs aujourd’hui, ils reçoivent la terrifiante « lettre jaune » qui leur annonce très officiellement leur mise à l’index. Le film accompagne alors la déchéance inexorable du couple, vite en proie à des problèmes financiers, rejeté par ses relations, chassé de l’emploi. Le cinéaste fait bien ressentir, à petites touches, la chape de plomb inexorable qui s’abat sur le couple, chassé d’Ankara et à la limite de la misère à Istanbul, où il se réfugie ensuite. Des intertitres massifs et ironiques, « Berlin pour Ankara » et « Hambourg pour Istanbul », indiquent habilement qu’il faut prendre les images d’arrière-plan d’Allemagne pour celles de Turquie, faute évidemment d’avoir pu y tourner, étant donné le sujet du film. Même s’il n’a pas été tourné localement en bravant la censure iranienne, comme les films de Jafar Panahi, par exemple, Gelbe Briefe n’en reste pas moins tout à fait convaincant dans sa dénonciation du totalitarisme. İlker Çatak le fait de façon plus subtile, mais en fait plus forte, en concentrant l’attention sur les conséquences dans la vie et l’intimité du couple. On retrouve presque dans ce procédé la méthode brechtienne de « Grand-peur et misère du 3e Reich ». En le récompensant, le jury aura finalement fait tout à fait honneur à la tradition politique de la Berlinale.
Un autre prix tout à fait incontestable décerné par le jury est revenu à Sandra Hüller, la révélation de Toni Erdmann, qu’on a revue plus récemment dans Anatomie d’une chute et La Zone d’intérêt. Sa prestation, en homme défiguré par les guerres du Moyen-Âge dans Rose de Markus Schleinzer, est tout à fait remarquable. Là où d’autres auraient pu se contenter d’un maquillage élaboré, Sandra Hüller compose un personnage de bout en bout. Elle a su transformer sa démarche, sa voix, sa gestuelle non seulement en fonction du genre, mais aussi en fonction du type de personnage, ancien soldat, voulant devenir fermier, ayant apparemment hérité d’une terre dans un petit village.
Parmi les autres récompenses du jury, on notera aussi l’Ours d’Argent de la meilleure réalisation décerné à Grant Gee pour Everybody Digs Bill Evans. Le jury aura sans aucun doute été convaincu par les superbes images en noir et blanc dominant le film, s’opposant aux scènes en couleur d’une autre époque de la narration. Le film est dédié à ce grand musicien de Jazz qu’était Bill Evans. Il se consacre cependant plutôt à sa vie personnelle et à ses moments les plus difficiles qu’à sa musique, c’est évidemment un choix scénaristique à respecter, en somme.
Pour le reste du palmarès, le Grand Prix du Jury fut attribué à Kurtulus, du réalisateur turc Emin Alper et le Prix du Jury à Queen at Sea, de Lance Hammer, porté par la présence de Juliette Binoch. Le Prix du meilleur scénario fut décerné à Nina Roza, de Geneviève Dulude-de Celles. L’idée: un expert québécois part en Bulgarie vérifier si une petite fille vivant dans une ferme est vraiment un prodige de la peinture ou s’il s’agit d’une escroquerie dans le monde de l’art. Le Prix de la meilleure contribution artistique, enfin, revint à Yo (Love is a Rebellious Bird), le film d’Anna Fitch et Banker White.
On remarquera que Josephine, l’excellent film de Beth de Araújo doublement couronné à Sundance, est reparti bredouille de Berlin, même pas récompensé par l’un des jurys parallèles. Sans doute, les professionnels ont-ils peu apprécié le tour de passe-passe qui consistait à accepter en compétition officielle un film déjà primé dans un festival majeur, sous prétexte qu’il était situé dans son pays d’origine. Le film aurait certainement été mieux apprécié s’il avait été programmé dans la section « Berlinale Special ».
Rappelons en effet que la Berlinale, ce n’est pas seulement la compétition officielle dans le (superbe) Berlinale Palast. Ce sont aussi plusieurs autres sections pour des dizaines de projections dans plusieurs salles réparties dans les quartiers de la capitale allemande au bénéfice d’un public local fort amateur de cinéma. La section Berlinale Special est un peu l’équivalent d’Un certain Regard à Cannes, la section Perspectives comporte quelques films choisis que les sélectionneurs de la manifestation estiment fort prometteurs. Il n’est enfin plus besoin de présenter les sections Panorama et Forum que, comme à Cannes, on voudrait pouvoir suivre si la compétition en laissait le temps. On doit en outre compter avec les sections dirigées vers les jeunes, Generation, et l’opération Talent Campus. Pour terminer, on n’oubliera pas les populaires sections rétrospectives. L’apogée y fut la projection avec accompagnement musical sur scène de Geheimnisse einer Seele (Les Mystères d’une âme), film muet de 1926 de Georg Wilhelm Pabst dans une copie restaurée.
Les professionnels au rendez-vous
Le marché du film berlinois, l’EFM, est incontestablement devenu depuis quelques années le premier grand rendez-vous de l’année des professionnels du cinéma du monde entier. Exportateurs et vendeurs s’y sont bousculés en 2026 plus que jamais, nous a-t-il semblé. Tanja Meissner, la directrice du Marché depuis deux ans, a annoncé avoir accueilli la bagatelle de plus de 12 500 professionnels accrédités pour un total de 606 films projetés au sein du Marché. Des dizaines de master class, d’ateliers de travail et autres modes de rencontre destinés aux professionnels, furent également organisées, avec l’accent mis cette année sur le cinéma d’animation. Le marché s’étend maintenant non seulement dans la totalité du beau bâtiment du Martin-Gropius Bau, mais aussi sur plusieurs étages de l’hôtel Marriott, véritable caravansérail temporaire du cinéma mondial. L’espace proposé par Unifrance aux exportateurs français était comble. En outre, d’autres compagnies françaises, notamment les chaînes de télévision et leurs filiales, louèrent leurs propres bureaux à part, faisant apparaître une présence française à tous les coins du Martin Gropius Bau ou presque !
Philippe J. Maarek
Photos: curtesy of Berlinale Press Office
Le dernier Sundance de Park City !
Le millésime 2026 du festival de Sundance aura marqué la fin d’une ère. D’abord et avant tout parce que son fondateur et protecteur tutélaire, Robert Redford, est décédé au début de l’automne précédent. Il avait pris soin de préserver la manifestation sur laquelle il veillait depuis plus de trente ans en la mettant sous la garde d’une fondation à but non lucratif, The Sundance Foundation. En outre, il s’agissait cette année du dernier festival organisé dans la petite station de ski de Park City. Il sera relocalisé à partir de 2027 à Boulder, dans le Colorado, où se trouve l’immense barrage issu des grands travaux entrepris à l’initiative de Franklin Roosevelt, à la suite de la crise des années 1930.
Véritable creuset du cinéma indépendant et du jeune cinéma américain, le festival de Sundance a tenu ces promesses en 2026. Il a tout d’abord conservé un équilibre tout à fait original entre le cinéma de fiction et le cinéma documentaire, avec des sections compétitives des deux catégories, au total, quatre sections de dix longs métrages chacune en fonction de la nationalité. La manifestation a également su laisser la place qu’elles méritent aux réalisatrices. Il n’y a ainsi pas moins de sept films en scène par des femmes sur les dix de la section des fictions américaines. On peut se demander comment les responsables des autres festivals n’arrivent pas à suivre l’exemple à cet égard de Eugene Hernandez, le directeur du festival, et de Kim Yutani, la directrice de la programmation !
Josephine grand vainqueur de la section cinéma de fiction américain

Pour son second long métrage, la réalisatrice Beth de Araújo, est repartie avec la double récompense suprême de cette section, puisqu’elle a remporté le Grand Prix du jury, mais aussi le Prix du public. Tout en émotions, Joséphine suit la trajectoire d’une petite fille de huit ans qui assiste par hasard à un viol. Les images la poursuivent d’autant plus que, seule témoin oculaire, la justice voudrait obtenir son témoignage pour pouvoir condamner l’accusé. La réalisatrice parvient bien à montrer la violence qui entre ainsi dans le foyer de la petite fille. Le père et la mère, incarnés avec conviction par Channing Tatum et Gemma Chan, se heurtent et hésitent entre la protection de leur enfant et la nécessité d’essayer de faire condamner le violeur. Beth de Araújo sait aussi dépeindre comment la petite fille reste en proie à l’angoisse de ce qu’elle a vu sans vraiment le comprendre. Elle la montre, petit à petit, transformer son comportement, alors qu’elle hallucine et croit voir le violeur partout. On peut peut-être reprocher à la réalisatrice le pénible graphisme de la séquence du viol, filmée en temps réel, sans doute parce qu’elle a voulu faire partager au spectateur le choc subi par la jeune fille. Mais au-delà, sa direction d’acteurs impressionnante et la netteté de sa mise en scène rendent à merveille le poids moral et psychologique qui pèse sur les personnages et convainquent totalement.
Le jury a aussi remarqué le film The Friends House à qui il a curieusement décerné le Prix d’interprétation pour l’ensemble de sa distribution. On lui aurait peut-être plutôt donné le Prix de la mise en scène. Les deux coréalisateurs, Maryam Ataei and Hossein Keshavarz, dépeignent comment, dans l’Iran d’aujourd’hui, on peut arriver à maintenir une création artistique originale et moderne, tout en fourmillant de sous-entendus politiques. On pense à Jafar Panahi quand on se rend compte des ruses dont ils ont dû faire preuve pour tourner en pleine ville et en plein jour, en particulier avec des actrices aux cheveux découverts. Il faut aussi reconnaître la subtilité de certaines séquences où le spectateur est mis en demeure de choisir entre ce qui se passe au premier plan, ou plutôt au second plan. Cette caractéristique stimulante de la mise en scène des deux coréalisateurs mérite l’attention.
Une sélection riche !
Parmi les autres films de la section fictions américaines, on notera tout particulièrement la qualité de Run Amok de la réalisatrice et scénariste NB Mager. Le film a sans doute pâti d’une trop grande proximité de parcours avec Joséphine,en outre avec un sujet beaucoup plus clivant aux Etats-Unis, le port d’armes légal généralisé dans ce pays et ses terribles conséquences. Run Amok expose ce qui se passe dans un collège américain dix ans après qu’un jeune forcené y ait pénétré avec un fusil, et ait tué trois enfants et une enseignante. Celle-ci était la mère de l’adolescente que l’on suit tout au long du film, et qui avait quatre ans à l’époque. Semblant psychologiquement indemne, la jeune fille, remarquablement interprétée par une actrice prometteuse de 17 ans, Alyssa Marvin, décide de proposer pour la cérémonie commémorative des dix ans de la tuerie un petit spectacle avec un groupe de ses condisciples. Petit à petit, au fur et à mesure qu’elle progresse dans la préparation, les événements qu’elle a réfrénés pendant dix ans remontent à la surface. De ce fait, elle modifie son projet, non sans se questionner sur les ambiguïtés de ce qui est arrivé dix années auparavant. NB Mager montre avec efficacité la montée de plus en plus étouffante du passé dans l’équilibre mental de la jeune fille, mais aussi ses hésitations lorsqu’elle rencontre la mère du jeune forcené. La mise en valeur subtile et talentueuse de cette ambiguïté renforce le film. Cela lui a peut-être paradoxalement un peu nui auprès d’un jury et d’un public, probablement à Sundance sans ambiguïté quant au port d’armes. En tout cas on se devra assurément de suivre avec attention les carrières aussi bien de la réalisatrice NB Mager, que de la prometteuse Alyssa Marvin.
Plusieurs autres films de la sélection des fictions américaines ont aussi attiré le regard. On signalera ainsi le Prix spécial du premier film attribué à Bedford Park par le jury. Le film met en valeur de façon convaincante la contradiction entre l’univers de l’immigration, ici coréenne, et celui des États-Unis modernes, dans lequel une jeune femme essaie de faire sa place. On ne doit pas non plus oublier de souligner la superbe performance dans Union County de Will Poulter — que l’on aurait bien vu lui aussi pour un prix d’interprétation. Il incarne de façon stupéfiante de brio un homme condamné à un parcours organisé par la justice de 18 mois de réhabilitation surveillée, en alternative à la prison. Le réalisateur Adam Meeks le filme en une docu-fiction qui l’a sans doute un peu mis en porte-à-faux dans une manifestation où l’un et l’autre sont traités séparément.
Des documentaires pour les cinéphiles
Les cinéphiles ont été gâtés par la section de documentaire qui présentait deux films dédiés à deux metteurs en scène qui ont défriché une catégorie particulière du cinéma américain. Le Prix du montage Jonathan Oppenheim, tout d’abord, a été attribué à Barbara Forever, de la réalisatrice Brydie O’Connor, pour son documentaire sur la réalisatrice Barbara Hammer, pionnière du cinéma lesbien. Son brillant montage virevoltant met bien en valeur l’humour avec lequel Barbara Hammer savait accompagner la promotion de son mode de vie par ses films. Quant à American Pachuco: The Legend of Luis Valdez, récipiendaire du Prix « Festival favorite », ainsi que du Prix du public, il retrace de façon certes un peu banalement chronologique, mais très documentée, la vie de Luis Valdez. La carrière du grand ancien du cinéma latino aux Etats-Unis, a été marquée par La Bamba, le film de 1987 dédié à la mémoire de Ritchie Valens, mort prématurément à 18 ans, et de sa chanson fétiche homonyme. Luiz Valdez est aussi le scénariste et/ou le réalisateur de maintes autres œuvres de qualité, presque toutes dirigées vers le public de l’immigration sud-américaine aux Etats-Unis, que le film évoque utilement. Dans cette section documentaire américain, c’est Nuisance Bear, le film coréalisé par Gabriela Osio Vanden and Jack Weisman, qui a obtenu le Grand Prix du Jury. La confrontation tripolaire entre l’ours, les habitants du Grand Nord, et les touristes amateurs d’émotions, y est mise en évidence avec intelligence par les deux coréalisateurs. Ils ont produit des images épatantes, comme le transport par hélicoptère de l’ours égaré par le réchauffement climatique vers des terres qui lui sont plus propices.
Dans la section cinéma de fiction étranger, le jury décerna son prix à Shame and money, de Visar Morina, qui montre la détresse d’une famille de fermiers au Kosovo obligée de partir en ville pour survivre. Un schème relativement classique, bien traité, certes.
On lui aura en particulier préféré dans le même registre des difficultés de la vie, le joli premier film chypriote Hold on to me de Myrsini Aristidou, d’ailleurs Prix du Public pour les films de fiction étrangers. Aristidou y met en scène une petite fille qui retrouve par hasard son père, bohème qui subsiste de petites arnaques, et a été rejeté depuis sept ans par sa mère avec qui elle habite. Petit à petit, attirée par lui, elle le suit dans ses pérégrinations, et leur touchant rapprochement est intelligemment filmé tout en mettant en valeur l’optimisme à tous crins du père malgré de nombreuses avanies. Une partition musicale pertinente, Eye in the Sky de The Alan Parson Project à l’appui, vient scander les temps forts du film à bon escient.
Toujours dans cette section, le prix de la mise en scène revint à juste titre au réalisateur lituanien Andrius Blaževičius pour How to divorce during the war. Certes, le thème du film est relativement classique : une petite fille prise dans la séparation entre une mère industrieuse déçue par un père écrivain et cinéaste en manque d’inspiration. Mais la mise en scène mérite assurément le détour : des juxtapositions de plans judicieuses, et un suivi attentif du parcours des personnages. On apprécie également la mise en parallèle, subtile et en même temps forte, de l’inquiétude croissante face à l’annonce de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Le film met aussi fort bien en valeur les difficultés entre les générations récentes éprises de l’indépendance des pays baltes et celles, plutôt plus anciennes, qui regrettent le passé et l’appartenance à l’Union soviétique.
Du côté des documentaires étrangers enfin, le Grand prix du jury fut décerné à To hold a Mountain, codirigé par Biljana Tutorov and Petar Glomazić. Le film suit avec minutie la lutte des fermiers et bergers du Monténégro, alors que l’armée veut les exproprier de leurs collines et en faire un terrain d’exercice. Le film est conforté par le magnifique personnage d’une fermière âgée filmée dans son quotidien, mais aussi dans son leadership spontané de la résistance contre l’éviction.
Dans la même section, on retiendra notamment One in a million, le Prix du public du documentaire étranger. Les coréalisateurs, Itab Azzam & Jack MacInnes ont observé pendant dix ans, entre 2015 et 2025, une famille syrienne forcée temporairement à l’exil par les excès du régime. Les documentaristes ont même réussi à accompagner de leur caméra le dangereux parcours clandestin à travers l’Europe de la famille vers l’Allemagne. Ils sont ensuite revenus vers la famille chaque année. Ils montrent ainsi son implantation plus ou moins facile dans ce pays, aux portes à l’époque grandes ouvertes aux réfugiés, mais aussi la joie du retour en 2025 dans la Syrie libérée du dictateur, mais éprouvée.
Comme d’habitude en somme, Sundance 2026 a proposé un ensemble de qualité qui propulsera probablement nombre des auteurs et des acteurs des films présentés vers une belle carrière qu’on se réjouit à l’avance de suivre !
Philippe J. Maarek
Ljubljana 2025 – Les choix par défaut ou l’affirmation des préférences ?
Les festivals internationaux ne sont pas seulement des lieux de rencontre cinématographique : ils offrent aussi une fenêtre sur l’état du monde et les préoccupations individuelles de ses habitants. À travers leurs œuvres, les réalisateurs de toutes nationalités livrent, de manière implicite, une multitude de non-dits. En observant l’ensemble des films en compétition, comme par l’effet d’un frottage de papier révélant des motifs cachés, émergent des thèmes récurrents qui, loin de rassurer, interrogent.

Un constat me semble s’imposer depuis deux ou trois ans : les jeunes réalisateurs semblent s’éloigner des grands enjeux planétaires – le changement climatique, les guerres, l’effritement des démocraties, la montée de la narco-criminalité, la violence juvénile ou encore la baisse de l’âge de la délinquance. Faut-il y voir l’effet d’une saturation face à un flux d’informations anxiogènes, poussant au déni, ou un choix délibéré des sélectionneurs ? Dans les deux cas, le spectateur se retrouve face à des œuvres qui le laissent indifférent, tant elles reflètent des situations qu’il vit parfois de manière plus brutale encore. Pire, ces films donnent l’impression de s’inscrire dans une série ou films à épisodes, toujours construits sur le même schéma.
Une sélection révélatrice : le cas de Ljubljana
La section compétitive « Perspective » du dernier festival de Ljubljana illustre parfaitement cette tendance : sur les dix films présentés, sept puisent dans l’expérience très personnelle des réalisateurs, souvent centrée sur des conflits familiaux dans un cadre bucolique (chats, chiens, coqs, travaux des champs filmés ad nauseam). Ces récits de survie et de lutte contre les préjugés, plantés dans des environnements fermés et hostiles, semblent choisir des paysages attrayants pour détourner l’attention des lacunes cinématographiques : déséquilibre des séquences, scénarios fragiles, personnages peu approfondis, absence d’originalité dans le langage visuel. Des œuvres trop personnelles, au potentiel cinématographique limité
Contrairement aux normes qui demandent à mettre en tête et en relief les grands gagnants d’un festival en tête de l’article, j’aimerais commencer par ceux qui n’induisaient pas d’enthousiasme particulier. Commençons donc par les films qui mériteraient une révision en profondeur. En tête de liste, The Devil Smoke du Mexicain Ernesto Martinez Bucio, qui gâche un sujet prometteur : Romana, contrainte de s’occuper de ses cinq petits-enfants abandonnés par une mère instable puis par leur père, leur inculque la peur du diable et les pousse à vivre reclus, jusqu’à l’intervention des services sociaux. Le scénario, confus et dispersé, est aggravé par une caméra sur l’épaule tremblante qui ajoute au malaise des cris incessants des enfants. Les cinq dernières minutes tentent une conclusion, mais l’usage disproportionné d’images vidéo de mauvaise qualité et le déséquilibre entre les parties du film empêchent toute réflexion approfondie.
Même déception avec Sandbag Dam de la Croate Čejen Černić, qui tente un parallèle entre un torrent dévastateur attendu et la perte des valeurs chrétiennes à travers l’homosexualité de ses protagonistes. Trop de détails inutiles alourdissent le récit, les personnages manquent de profondeur, et le film, sans âme, semble utiliser un sujet encore tabou pour masquer ses insuffisances cinématographiques. Mais, malgré l’attrait du thème attire souvent l’attention et diminue l’objectivité des spectateurs et des jurys, l’absence de tension et la musique éreintante en font une œuvre ennuyeuse et inaboutie.
Blue Heron, de la Hongro-Canadienne Sophy Romvari, s’inspire de sa propre enfance pour décrire une famille immigrée à Vancouver, dont l’équilibre est bouleversé par un adolescent asocial.
Wind Talk to Me, du Serbe Stefan Djordjević, revisite une fois de plus la relation mère-fils en milieu rural, tandis que Traffic, de la Roumaine Teodora Ana Mihai, aborde le braquage organisé par des travailleurs roumains en Europe de l’Ouest, sans jamais trouver le rythme ou la tension nécessaires à ce genre. Pourtant, il est scénarisé par l’important cinéaste roumain Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines et 2 jours).
Quand le talent des acteurs sauve un film
If I Had Legs I’d Kick You, de l’Américaine Mary Bronstein, capte l’attention grâce à la performance remarquable de Rose Byrne (prix d’interprétation à la Berlinale), dans le rôle d’une psychothérapeute en proie à ses propres tourments. Bien que le film explore, une fois encore, la relation mère-fille, la maladie non nommée de l’enfant et les allégories pesantes (comme la vision d’un trou ou l’arrachement d’une sonde) finissent par exaspérer. Pourtant, la volonté de la mère de briser la spirale du désespoir et de retrouver une place d’enfant, symbolisée par l’inversion des rôles, offre une conclusion poignante.
Le film primé par le jury de la Fipresci et sa singularité
Ida Who Sang So Badly Even the Dead Rose Up and Joined Her in Song, premier long-métrage de la Slovène Ester Ivakič, se distingue par son questionnement plus universel : le rapport entre la vie et la mort, sur fond de conflit familial et de conte fantastique. Porté par une préadolescente de douze ans, le film utilise son malaise face à la vie familiale et scolaire pour aborder l’absence des êtres chers -ici la grand-mère affectueuse et protectrice- et les regrets des occasions manquées au cours de la vie. Une œuvre subtile, qui gagnerait en prestige si elle n’était pas entourée de tant de films linéaires et répétitifs.
Peacock : une originalité salutaire
Peacock, du réalisateur autrichien Bernhard Wenger, se détache des autres par son originalité, son rythme soutenu, sa maîtrise cinématographique et son questionnement universel : qui sommes-nous quand nous ne sommes pas en représentation ? Ce premier film, riche en humour visuel et en rebondissements inattendus, interroge les excès de la société moderne, où la quête d’apparence conduit à la perte de soi. La métaphore du paon, qui ne déploie ses plumes que pour séduire, est filmée avec finesse. La satire, servie par des décors évocateurs tout en rapport avec la psychologie des personnages, aidée par le jeu d’Albrecht Schuch, alias Matthias, interroge notre soumission aux rôles sociaux et la perte d’authenticité qui en découle.
Ce qui arrive à Matthias, un coach pour toutes les saisons : un professionnel du « rôle sur mesure » qui arrive aisément à se fait passer pour beaucoup de personnages sans défaut. Tel un très bon acteur, Matthias excelle à incarner ces identités empruntées. En fait, il est passé dans l’art d’adaptation jusqu’au jour où il craque.
Le film porte le spectateur, grâce à sa fluidité, son tempo constamment bien tenu, son décor plein de sens, le jeu efficace de son acteur et la caméra toujours gardée à distance afin que les personnages fassent partie de leur environnement. Peacock (Paon) pourrait largement gagner ex-aequo, le prix du meilleur film. Sauf que les règlements de la FIPRESCi ne le permettent pas.
Growing Down : mentir pour sauver son fils ?
Growing Down, du Hongrois Bálint Dániel Sós, évoque à nouveau les relations familiales, mais s’en distingue par son approche visuelle minimaliste, proche de l’univers de Béla Tarr. Tourné en noir et blanc parfois opaque, le film plonge le spectateur dans le dilemme éthique d’un père veuf confronté à un accident mortel causé par son fils. Sans être un manifeste sur l’objectivité de la justice, il parvient, grâce à une scène finale percutante, à transmettre un message fort : attention d’où l’on regarde un méfait et pourquoi s’abstenir des jugements hâtifs. Les plans-séquences, les ralentis et les accélérations judicieuses, ainsi que la musique classique, servent une narration à la fois réaliste et poétique.
Conclusion : une sélection en demi-teinte
Sur les dix films présentés, quatre sont réalisés par des femmes : la parité est donc globalement respectée. Pourtant, l’absence totale de l’Asie – continent pourtant majeur dans le paysage cinématographique – interroge. Aucune des majeurs pays fournisseurs des œuvres très présentes aux festivals et souvent primées (la Chine, le Japon, la Corée, l’Iran.), n’a pas trouvé grâce aux yeux des sélectionneurs. À l’exception de trois films (mexicain, libanais et américain), les autres provenaient de pays européens voisins, ce qui crée une certaine uniformité. Seul Peacock se distingue par son originalité.
Reste une question : cette « unicité » des choix relève-t-elle d’un accès limité à la production, aux propositions ou d’une préférence délibérée ?
Shahla Nahid
Décès de Jean Roy
L’Union des Journalistes de Cinéma a la tristesse d’annoncer le décès de son Président d’Honneur, Jean Roy. Co-fondateur de l’UJC, il en avait été le Président entre 2011 et 2019. Il fut également Vice-Président, puis Président de la FIPRESCI, la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique.
Grand cinéphile, sa riche carrière de critique de cinéma, notamment dans la revue Cinéma, se poursuivit pendant de longues années à L’Humanité dont il fut le critique attitré. Il écrivit également plusieurs ouvrages sur le cinéma, dont un Pour John Ford aux Editions du Cerf qui fait autorité.
A l’étranger comme en France, on le connaissait également pour ses quinze années à la tête de la Semaine de la Critique cannoise, entre 1984 et 1999 durant lesquelles nombre de réalisateurs furent découverts : Gaspard Noé, François Ozon, Greg Mottola, Jacques Audiard, Anne Fontaine, Guillermo del Toro, et bien d’autres, y firent leurs débuts sous son égide.
Il était Chevalier de la Légion d’Honneur et Commandeur des Arts et Lettres
Pour Jean Roy
Jean Roy n’est plus. Cette triste nouvelle frappe au cœur non seulement les membres de l’UJC, qu’il a co-fondée en 2001, puis présidée pendant toutes les années 2010, mais aussi les professionnels du cinéma du monde entier.
Son premier métier, la critique, s’était placé sous l’égide d’une cinéphilie qui me l’avait fait connaître sur les bancs de la Cinémathèque, lorsqu’Henri Langlois en était à la tête, lors de ces fameuses soirées où nous nous pressions parce que l’invitée du soir était Gloria Swanson — ou une autre star de l’histoire du cinéma. Et lorsque j’animais le ciné-club de l’Université de Nanterre, c’était Jean qui m’amenait chaque semaine les copies en provenance de la Fédération Française des Ciné-Clubs, avec le sourire malgré cette corvée répétitive.
Son deuxième métier, ce fut, pendant une longue période, la direction de la Semaine de la Critique cannoise. J’étais alors au Conseil du Syndicat de la Critique, qui l’organise, et nos chemins se sont donc à nouveau rapprochés. Notre amitié s’est aussi développée au fil des festivals que nous suivions, en France et à l’étranger, et j’y ai été le témoin de son aura, et de la sympathie qu’il rencontrait auprès des réalisateurs, des producteurs, bref, des professionnels du monde entier, qui étaient sélectionné sous ses mandatures, entre 1984 et 1999.
Jean m’avait fait l’honneur et le plaisir de me demander de lui remettre sa médaille de la Légion d’Honneur. Cela fut fait lors d’une belle cérémonie sur l’estrade du Festival du Film de Bari, autre signe de l’estime qu’on lui portait partout.
Jean, c’était aussi le plaisir de discuter des plans et contreplans de John Ford lors de la sortie de son livre sur le cinéaste américain, de disserter après l’un ou l’autre film sur le cinéma… et le reste, de l’accompagner lorsqu’il fut élu Président de la FIPRESCI, la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique, de le croiser dans les avions un peu partout dans le monde où il y avait un festival de cinéma.
Bon voyage mon ami.
Philippe J. Maarek


















